Le jus d’orange en déclin : la fin d’une tradition française
Une boisson en déclin dans le petit-déjeuner des Français
Le jus d’orange, longtemps considéré comme un incontournable du petit-déjeuner en France, voit sa popularité diminuer. Selon l’union interprofessionnelle des jus de fruits Unijus, le marché français est passé sous le milliard de litres en 2024, avec seulement 989 millions de litres vendus. Cela représente une baisse d’environ 9 % en un an et plus d’un quart en dix ans. Cette tendance se manifeste notamment à la maison, où le verre de jus d’orange tend à disparaître des tables du matin.
Les raisons de cette baisse de consommation
Plusieurs facteurs expliquent ce recul. La hausse des prix des jus de fruits, les recommandations nutritionnelles plus strictes, la concurrence des sodas et des boissons énergisantes, ainsi que la mutation des habitudes de vie, notamment le saut du petit-déjeuner, jouent un rôle. En deux ans, le coût du jus de fruits a augmenté de manière significative. Par ailleurs, les campagnes de santé publique ont contribué à faire passer le jus d’orange du statut d’aliment santé à celui de boisson sucrée suspectée. Aujourd’hui, le consommateur s’interroge : faut-il encore laisser ce verre d’orange sur la table du matin ?
Une baisse marquée en dix ans
Selon la filière, la chute est « vertigineuse » : en dix ans, plus d’un quart du marché s’est évaporé. Bien que le jus d’orange reste en tête avec environ 40 % des ventes, sa part diminue. Aujourd’hui, pour un litre de jus acheté, les Français achètent quasiment trois fois plus de sodas, boissons sucrées ou énergisantes. Aurore Bescond, secrétaire générale d’Unijus, regrette que le consommateur perçoive moins souvent le jus de fruit comme une source de nutrition. Elle rappelle que le vrai jus d’orange à 100 % fournit de la vitamine C, du potassium et de la vitamine B9, et qu’un verre de 150 mL couvre près de 60 % des besoins quotidiens en vitamine C d’un adulte.
Une crise des agrumes et une hausse des prix
Les défis liés à la production d’oranges ont également impacté la marché. La sécheresse au Brésil, les ouragans en Floride et la maladie du « dragon jaune » ont fortement réduit la production. La Floride, par exemple, a perdu près de 92 % de ses volumes d’oranges. En conséquence, les prix mondiaux ont explosé. En France, le prix des jus a augmenté de 28 % en deux ans. Malgré cela, le coût d’un verre industriel reste nettement inférieur à celui de fruits frais : environ 0,23 € contre 0,92 € pour un équivalent en fruits.
Le débat sur la place du jus dans la santé
Le virage vers une alimentation plus saine a également pesé. Depuis 2019, le jus de fruits ne figure plus dans la catégorie des « 5 fruits et légumes » recommandés quotidiennement, mais dans celle des boissons sucrées. La majorité des emballages affiche un Nutri-Score C. Selon le médecin nutritionniste David Jacobi, « l’avantage sera toujours au fruit ». Il rappelle qu’un petit verre de 10 cl de jus d’orange apporte l’équivalent de deux morceaux de sucre. Cinq verres atteignent la limite recommandée pour la consommation quotidienne de sucre, dans un contexte où le petit-déjeuner français est déjà très sucré. Cependant, dans certains foyers, notamment précaires, un petit verre de jus reste parfois une source essentielle de vitamine C, surtout pour ceux qui ont peu accès à d’autres aliments riches en nutriments.
