Imaginer un dessert préparé il y a près de 4 000 ans, encore parfaitement identifiable aujourd’hui, relève presque du scénario de film. Ce gâteau a été retrouvé dans la nécropole de Meir, en Égypte, dans la tombe du vizir Pepyankh, puis exposé en Suisse. Pour les historiens et les spécialistes de l’alimentation, il s’agit du plus vieux gâteau connu au monde.

Ce petit trésor, décrit par des experts comme un gâteau égyptien 4000 ans Pepi’Onkh (Pepyankh) conservé sous vide, intrigue surtout par son état de conservation. Ni poudre, ni masse informe : on distingue encore ses couches, ses graines de sésame et sa forme. Le secret ne tient pas à une recette magique, mais à une combinaison précise de technique de cuisson, d’ingrédients et de conditions d’ensevelissement qui questionne notre approche moderne de la conservation des aliments.

Un gâteau égyptien de 4 000 ans, entre rite funéraire et record mondial

Concrètement, il s’agit de deux galettes de froment garnies d’un mélange à base de miel et probablement de lait, avec du sésame sur le dessus. Guinness World Records décrit un objet d’environ 11 cm de largeur, proche d’un petit pain fourré plutôt que d’un entremets moderne. Les archéologues l’associent au règne du pharaon Pepi II (vers 2251-2157 avant notre ère), ce qui porte son âge à plus de 4 000 ans.

Le gâteau a été découvert en 1913 dans la tombe de Pepi’Onkh, dit Pepyankh le Moyen, à Meir, une nécropole située en Moyenne-Égypte. Dans ces sépultures, les Égyptiens plaçaient des offrandes destinées à nourrir les défunts dans l’au-delà: pain, bière, viande séchée, fruits séchés… mais ce gâteau-là s’est distingué par son étonnante stabilité. Il a ensuite rejoint l’Alimentarium, musée de l’alimentation à Vevey, en Suisse, où il est présenté comme un objet emblématique de l’histoire de la conservation.

Comment le gâteau de Pepyankh a été conservé sous vide pendant des millénaires

Le musée Alimentarium explique que le point clé n’est pas seulement la recette, mais la façon dont ce gâteau a été cuit. La pâte et la garniture auraient été placées entre deux moules en cuivre emboîtés. Pendant la cuisson, l’air emprisonné à l’intérieur se dilate ; au refroidissement, ce même air se contracte et s’échappe, ce qui crée un effet de vide au contact du métal.

  • à chaud, l’air à l’intérieur du moule se dilate ;
  • en refroidissant, il se contracte et est expulsé vers l’extérieur ;
  • la pâte adhère alors fortement au cuivre, dans un environnement presque sans oxygène.

Ce vide limite l’oxydation et la prolifération de nombreux micro-organismes qui ont besoin d’oxygène pour se développer. Les ingrédients eux-mêmes renforcent ce bouclier : le miel a une activité en eau très faible et des propriétés antibactériennes, le sésame est pauvre en eau et la galette de froment est très sèche. Ajoutons à cela l’air chaud et sec de la tombe, restée scellée pendant des siècles, et l’on obtient plutôt une forme de “momification” alimentaire qu’un gâteau encore moelleux.

Ce que ce gâteau millénaire nous apprend sur la conservation des aliments

Pour la sécurité alimentaire actuelle, cette histoire fascine mais ne doit pas faire croire que le sous-vide rend un aliment éternel et sans risque. Les fiches pédagogiques de l’Alimentarium rappellent que le vide ralentit l’oxydation des graisses et la croissance des germes qui ont besoin d’oxygène, mais qu’il laisse la place à d’autres micro-organismes, dits anaérobies. Parmi eux figure par exemple Clostridium botulinum, responsable du botulisme, une intoxication grave.

Un aliment sous vide doit donc rester au froid et respecter des durées de conservation limitées, contrairement à ce gâteau archéologique qui a été figé dans un environnement exceptionnel, sec et stable, sans manipulation humaine pendant des millénaires. Même s’il paraît intact, le gâteau de Pepyankh n’a évidemment plus rien de comestible et il est traité comme une pièce de musée. À Vevey, où il est exposé, il sert moins à donner envie de le goûter qu’à raconter comment les Égyptiens maîtrisaient déjà, à leur manière, les grands principes de la conservation des aliments.

Sources

  • Marmiton
    «Ce gâteau est le plus vieux du monde : il a 4 000 ans et a été retrouvé en parfait état par les archéologues»